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Le Grand-Orgue

 
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Aristide Cavaillé-Coll
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Etat actuel de l'orgue

L’instrument est à nouveau très empoussiéré, rendant l’accord des fonds particulièrement difficile. De plus, il donne de grands signes de fatigue pour ce qui est de la mécanique. Les accidents, inexistants dans les années 2000, sont maintenant fréquents (trous sur des fonds de pédale ; tirasse parlant sur une note quand on ne la veut pas… etc).

L’accord tient moins longtemps ; les fonds, qui des années durant étaient très satisfaisants en terme de justesse, le sont beaucoup moins. Régulièrement, des écrous tombent. Il faudrait tous les vérifier et / ou changer. Rappelons que, lors de la restauration Renaud – Ménoret, la mécanique d’origine a été conservée. 20 ans plus tard (1993 – 2014), elle atteint ses limites.

L’orgue est en cours d’expertise (Roland Galtier, expert-organier, a été saisi),. Un nouveau relevage est souhaitable.

Disons en conclusion que cet orgue est exceptionnel. La nostalgie des années Maurice Puget n’est plus de mise : les extensions (14 jeux de plus, en fait des extensions) n’apportaient probablement pas autant que ce que l’on aurait pu attendre. La boîte de positif, qu’avait cru bon d’ajouter M. Puget,  masquait le Récit (lequel se trouve derrière le positif, au dernier étage), rendant totalement inefficace une boîte de Récit… à la redoutable efficacité dans la conception de Cavaillé-Coll.

Renaud-Ménoret (1993), et Claude Berger depuis, ont fait un travail remarquable. Longtemps, l’orgue qui marchait le mieux à Perpignan était le Grand-Orgue de la cathédrale. Je ne suis pas loin de penser que c’est encore le cas, malgré poussière et fatigue mécanique. C’est dire la solidité de la conception Cavaillé-Coll.

 

Soli Deo Gloria
 
La grande variété des timbres de l’orgue, depuis le « piano » jusqu’au bouleversant « fortissimo », en fait l’un des instruments supérieurs à tous les autres. Il est en mesure de faire écho à tous les domaines de l’existence humaine. Les multiples possibilités de l’orgue nous rappellent d’une certaine façon l’immensité et la magnificence de Dieu. Benoit XVI

Un Cavaillé-Coll de 1857

Le Grand-Orgue de la cathédrale de Perpignan est connu pour être un orgue d’Aristide Cavaillé-Coll.

C’est parfaitement vrai, tant sur le plan de l’esthétique sonore que du point de vue, sur lequel se fonde l’Etat quand il restaure un instrument, du « dernier état historique cohérent ».

C’est donc l’orgue de 1857, restauré par Renaud-Ménoret en 1993, que l’on peut jouer aujourd’hui. Celui qu’en son temps Louis-James-Alfred Lefébure-Wely avait joué, lors de l’inauguration.

 

Le buffet

Pour autant, son buffet n’est en rien néo-gothique, comme on aime au 19ème siècle, mais bien plus ancien. Il est hispanique, du style gothique flamboyant mudéjar, dit : « des Rois catholiques ». On sait qu’il supportait des volets peints (recto-verso, donc), volets qui seraient de 1504.

Nous n’avons pas plus d’éléments sur la datation du buffet. Ceci étant, il pourrait être plus ou moins antérieur aux volets de l’orgue. Nous ne savons qu’une chose : il date de 1504 au plus tard.

Ce buffet a servi de modèle à celui de l’orgue d’Illes sur Têt (1722). On sait également qu’à la cathédrale de Perpignan un positif de dos est ajouté au milieu du 16ème siècle, précisément, en 1559.

Une lithographie de Viollet le Duc montre clairement l’état du buffet, avec positif de dos aujourd’hui disparu. Viollet le Duc découvre l’orgue de Perpignan en 1833 (il a 19 ans), et en réalise 3 dessins, publiés dans : " Les Voyages romantiques du Baron Taylor " (publication 1835) (1).

 

Une particularité : la tête du Maure

Le soubassement du buffet se termine en cul-de-lampe. En terminaison de ce cul-de-lampe, est placée une tête de Maure, automate dont la mâchoire s’ouvrait en actionnant la pédale d’orage (dite : « pédale n°1 »). On trouvait cette tête à Barcelone (cathédrale), il y a peu ; il y en eut une aussi à Santa Maria del Mar (Barcelone, toujours). Au début du 19ème siècle, il y avait encore cette tête à la cathédrale de Perpignan. L’actuelle date de 1928. Elle provient d’un orgue catalan. Mâchoire articulée, mais yeux fixes. La liaison avec la pédale d’orage a malheureusement été supprimée (2 chap.II - p.8).

Louis Ausseil nous dit :

« Cette ancienne coutume symbolise l’écrasement de l’Islam, événement encore évoqué dans quelques dictons catalans ». Cela renvoie à un autre temps…

Voici plus de détails, trouvés dans un ouvrage édité par l’Indépendant en 1930 (restauration du Grand-Orgue), petit livre de 46 pages d’Henry Aragon : il cite une note de l’Indépendant, d’octobre 1930 :

« Nous avons eu l’occasion d’admirer chez un amateur d’art ancien un objet curieux. Il s’agit d’une tête de roi sculptée dans la masse d’un tronc d’arbre. (…) il semblerait (qu’elle date du) XVIème siècle. Elle ressemble étrangement aux cariatides représentant les rois d’Aragon qui ornent l’entrée monumentale de la citadelle et peut aussi être rapprochée de la tête des rois figurant sur nos cartes catalanes. (…) (Il s’agit peut-être) d’un de ces géants (gegant), roi et reine, qui précèdent encore les processions à Barcelone et dans les Flandres, souvenirs de la domination espagnole ».

Est évoquée la jovialité du visage représenté. Il est précisé :

« La mâchoire inférieure est articulée à l’aide d’un cordon. Le mouvement de la mâchoire ajoute à l’impression rabelaisienne de l’ensemble. (…) Il s’agit en réalité de la tête sculptée d’un roi maure, au turban vert, rapportée de Barcelone il y a de lointaines années et conservée au château de Vernet. Cette tête provient d’une église de Catalogne où s’était transmise la tradition de suspendre des emblèmes symboliques au-dessous des orgues des églises, en souvenir de l’occupation et de l’expédition des Maures en Espagne ; dans certaines cérémonies un ressort faisait mouvoir la mâchoire articulée et grimacer le Sarrazin déchu pour marquer la rage de l’Infidèle devant le triomphe de la Chrétienté.

Cette tradition doit remonter à 1492, date de la victoire de las Novas de Tolosa, de la prose de Grenade par Isabelle la Catholique, reine de Castille, et de l’expulsion des Maures hors de l’Espagne ».

Au début du 20ème siècle, on trouve une tête de ce type à la cathédrale de Barcelone. Et à Perpignan ? Certes, il n’y en a plus dans ces années. Mais les Arabes, nous dit Henry Aragon, ont occupé le Roussillon 150 ans environ. Il est donc plausible qu’une tête de Maure ait existé par le passé en terminaison du cul-de-lampe de l’orgue de la cathédrale de Perpignan.

Revenons à 1928 : l’amateur d’art qui possède cette tête est M. Clément de Lacroix, ancien directeur du Journal Officiel, « fort bien inspiré en offrant cet objet aux Amis de l’Orgue de Saint-Jean » (3).

(1) Cliché Archives Départementales des Pyrénées Orientales, reproduit p. 66 de : Louis AUSSEIL, Laurent PIE : L’Orgue en Roussillon, Un siècle de recherches, 150 pages, p. 66, éditions du Conseil Général, Archives Départementales.


(2) Louis AUSSEIL – L’Orgue en Catalogne et dans les Pyrénées Orientales, Cahiers et mémoires de l’orgue, Revue L’Orgue n° 133 bis, II, 1970.


(3) Henry ARAGON – L’Orgue de la cathédrale de Perpignan (1504 – 1930) – Sa Restauration – L’Inauguration – Notice historique et archéologique – Ed. Imprimerie de l’Indépendant – 1930.

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