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Les églises en un clic

... qu’il suffise, dans un pays comme la France, de compter simplement les églises !
Ces œuvres ne sont pleinement intelligibles que si l’on prend en compte la foi qui a contribué à leur conception, à leur réalisation et à leur réception. Et j’ajouterai que si elles ont été portées par la foi, il est bien possible qu’elles puissent toujours porter vers elle. Monseigneur Doré
 

Eglise Notre-Dame la Réal

Une collégiale sous la protection de Marie

Qui se souvient du glorieux passé de la collégiale Notre-Dame la Réal ?

Qui se rappelle que son Abbé mitré fut pendant longtemps la première dignité ecclésiastique de la Ville ?

De Notre-Dame de l’Assomption à qui est dédiée le retable majeur (où figurent aussi ses deux patrons secondaires, saint Julien et sainte Basilisse), en passant par la Vierge de solitude du Calvaire (Soledad), de Notre-Dame du Mont-Carmel à Notre-Dame de l’Espérance, de Notre-Dame de Lourdes à Notre-Dame de la Salette, l’église de la Réal est un hommage à Marie qui y est représentée près de 40 fois. Le vocable de l’église (la Réal) a rejoint la grande histoire puisqu’elle fut le théâtre d’un concile auquel elle a donné son nom (1408-1409) au temps du Grand Schisme, où le dernier pape d’Avignon, Benoît XIII  (Pedro de Luna) tenta de se faire légitimer contre le pape de Rome, avant de finir exilé sur le rocher de Peniscola.

Au XIIIème siècle, les Frères de la Pénitence de Jésus-Christ occupaient le terrain actuel de l’église de la Réal. Cet ordre fut supprimé à la fin du siècle. En 1300, le Roi Jacques II de Majorque vendit alors aux Consuls de Perpignan l’emplacement actuel de l’église et du cimetière de la Réal. La nouvelle église, quatrième paroisse historique de Perpignan, était achevée en 1320. En 1338, le pape Benoît XII y institue une collégiale composée de douze chanoines séculiers, douze prébendés, vingt prêtres et huit clercs, dotée de revenus conséquents par Jacques III de Majorque. En 1381, le Chapitre augustin d’Espira-de l’Agly est transféré en ville, à la Réal, en raison de l’insécurité liée aux incursions des « grandes compagnies » qui ravagent la région pendant la Guerre de Cent Ans. Le prieur d’Espira est  élevé  à  la  dignité  abbatiale. Très vite, la coexistence de deux communautés dans une même église crée le conflit. En 1395, le pape Benoît XIII tranche le conflit en confiant la charge curiale au Chapitre augustin.

Quinze abbés devaient alors se succéder à la Réal jusqu’en 1592, lorsque sous la pression du roi d’Espagne, Philippe II, le pape supprima les communautés de chanoines augustins de Catalogne et de Roussillon. La Réal devient collégiale séculière, la nomination des abbés revenant au roi d’Espagne. Cinq abbés se succédèrent jusqu’en 1695, date à laquelle les évêques d’Elne (installés à Perpignan depuis 1601), soucieux de ne pas subir de concurrence dans la Ville, obtinrent de Louis XIV le titre d’Abbé de la Réal, titre finalement éteint  par  le  pape  Pie VI en 1780, au grand dam des chanoines qui s’estimèrent lésés par la suppression de l’abbaye.

L’église Notre-Dame la Réal est la première à faire les frais de la Révolution dans un quartier aristocratique peu ouvert aux idées révolutionnaires. La paroisse est supprimée, son mobilier entièrement détruit en  1794 par des vandales mandatés et brûlé sur un bûcher solennellement érigé à côté d’un autel de la Patrie... Magasin d’artillerie, l’église est rendue au culte en 1804. Le curé, M. François Vialar, ancien chanoine de la cathédrale, œuvre durant 46 ans dans cette église et suscite les dons pour lui rendre sa beauté. Homme de lettres, proviseur du collège public, chanoine puis vicaire général, il est une figure perpignanaise de cette époque ; il repose sous la chapelle de la Soledad avec ses successeurs dans une crypte rassemblant les ossements exhumés du cimetière qui est aujourd’hui la cour de l’église. Pendant quelques années, c’est à la sacristie de Notre-Dame la Réal que reposera Mère Anne-Marie Antigo, après que son corps eût été retrouvé intact au couvent des Clarisses au lendemain de la Révolution.

La paroisse de la Réal connaît des décennies florissantes dans un quartier profondément chrétien. L‘Abbé Vaquer, curé de la Réal de la fin de la guerre 14-18 aux années cinquante, laisse le souvenir encore vivace chez les anciens d’un saint prêtre tout donné à son ministère. La Réal connaît encore l’affluence et la ferveur et une vie liturgique intense dans les années 1984-2000 avec la présence de la Communauté de la Croix glorieuse.

La longue fermeture de l’édifice pour la restauration engagée par la Ville faisait craindre pour la renaissance de la paroisse, mais par la ténacité de ses paroissiens et la volonté des prêtres qui ont su y discerner de réelles potentialités humaines et matérielles, elle est devenue un pôle important de la vie pastorale du Centre-Ville.

L’église, en retrouvant son lustre, a aussi retrouvé une vie liturgique quotidienne fervente et fréquentée. La communauté paroissiale s’y est accrue. Du catéchisme aux Petits Chanteurs, des équipes de prière à la chorale, des enfants de chœur aux scouts, des célébrations de l’école Sainte-Thérèse aux nombreux concerts dont elle est le cadre, par la liturgie soignée qui est le cœur de sa vie spirituelle, la paroisse Notre-Dame de la Réal a su trouver les moyens de pallier à la désaffection que subissent les églises de la vieille ville de par leur environnement. La beauté des lieux et une vraie vie communautaire, illustrée par les dimanches paroissiaux, ont donné une âme particulière à la Réal et c’est certainement pourquoi il y fait bon y vivre et y prier.

Abbé Christophe Lefebvre

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